Les Robins dans le bois de Chabat
Pour avoir pratiqué à de nombreuses reprises des séances d'interviews neurasthéniques entourée de pompeux cornichons nombrilistes (non je ne balancerai personne) capables de vous filer le bourdon jusqu'à la prochaine saison des soldes, je dois bien avouer qu'une rencontre avec les joyeux trublions des Robins des Bois et l'adoRRRrrrrable Alain Chabat est pour moi une réjouissante récréation pleine de bonne humeur et de vannes. Oui mais voilà, une fois cet instant magique terminé, la banane toutes dents dehors affichée, je me retrouve seule avec mon petit magnétophone en me demandant comment vais-je pouvoir retranscrire cette formidable heure de bazar organisé. Bref, pour pouvoir apprécier à leur juste valeur ces bribes d'interview désordonnées, il est donc important de les prendre au 83ème degré, d'y ajouter une bonne dose de brouhaha, de bruit de verres et de bouteilles qui tintent, d'onomatopées qui fusent, de rires qui se déclenchent toutes les 17 secondes, sans oublier l'air goguenard d'un Pierre-François Martin-Laval(PEF)très en forme, la mine amusée d'un Chabat détendu, l'humour Suisse de Pascal Vincent, le regard vert et le sourire resplendissant d'Elise (qui n'a rien a envier à celui de Marina malheureusement absente), le tout sous le contrôle et l'oeil pétillant de Maurice Barthélemy(le Chef. L'idée du film PEF: C'est Maurice qui a proposé l'idée d'un film policier préhistorique et on a tous dit oui, évidemment. Cette idée décalée nous convenait parfaitement. On s'y est mis après avoir quitté Canal+. On s'est enfermé Marina, Maurice, Jean-Paul et moi dans le bureau de Dominique Farrugia pour écrire le scénario. C'était différent des sketches où c'était plutôt Jean-Paul et Maurice qui écrivaient les synopsis et Marina et moi qui "faisassions" les dialogues. C'est la première fois que nous écrivions à quatre et la dernière je pense...(rires) La distribution des rôles PEF: Certains rôles étaient évidents. Mais par exemple pour Alain, on n'a pas arrêté de le tanner pour qu'il joue dans le film. A la base, il y avait un petit rôle de peintre qui n'existe plus et qui l'intéressait, et puis un jour il s'est fait passer des essais pour le guérissologue sans être vraiment convaincu... Alain: Eux me trouvaient bien et moi j'étais pas sûr de mon coup, je sais pas trop pourquoi. Alors je me suis fait passer des essais et je me suis beaucoup plu. Je me suis trouvé trop classe, puissant, charismatique et aussi dans mes prix. Elise: Entre nous on se connaît suffisamment, il n'y a pas eu d'hésitations pour se distribuer les rôles. Maurice: On a fait ça un peu inconsciemment. On s'est écrit des sketches pendant quatre ans, à force on se connaît par coeur. Par exemple une phrase pour PEF me fait déjà rire à l'écriture car je sais déjà comment il va la dire. Les Influences. Maurice: Au départ on voulait pas trop d'anachronismes visuels comme dans LES PIERRAFEUX et on est plus partis vers une option MONTY PYTHON où la crédibilité des décors ou des costumes est favorisée. Une porte s'ouvre laissant entrevoir la tête hilare de Jean-Paul Rouve, "Elles sont toutes pourries vos questions! Je me casse!" La porte se referme... Maurice: Eh oui, depuis qu'il a eu un César, Jean-Paul n'est plus du tout le même! Même nous on a du mal à le tenir... Pour revenir à votre question donc, pour nous, c'était important que les décors et les costumes soient très crédibles pour justement créer un décalage supplémentaire comme par exemple en faisant s'exprimer les personnages de manière totalement contemporaine avec des soucis contemporains. PEF: On s'est refait au moins trois fois LA GUERRE DU FEU et aussi on a acheté un livre! Non en fait comme "CHEZ WAM" avait plus d'argent que nous, ils ont acheté des bouquins magnifiques sur la préhistoire et l'Afrique parce qu'on voulait que le look des tribus soit vraiment bien chiadé. Quand on joue à moitié nu et à moitié sale Maurice: On a froid! PEF: En fait on n'était pas sale, on étaient maquillé, c'est de la fausse crasse! Les premières semaines on avait pas mal froid, il faisait à peu près 6° à 800 mètres dans le Larzac sans compter une bonne petite brise. Heureusement qu'on s'est bien fendu la gueule. Cela dit, je conseille la région au mois de juin, c'est fabuleux, bon, pas pour les vieux... Pascal: On arrivait très propres le matin et on nous salissait pendant deux heures avec trois couches de peinture à l'aérographe sur le corps. On s'est très vite habitué à avoir toutes ces perruques et costumes et à évoluer en pleine nature. Ça nous paraissait presque normal. C'est quand on voyait quelqu'un sur le plateau en jean et en col roulé qu'on trouvait ça bizarre. Elise: Dans les essais maquillage que l'on a fait au départ on avait même des prothèses pour les arcades sourcilières et plein d'autres trucs. Mais bon ça aurait rajouté au moins deux heures pour se préparer, mais c'est surtout qu'on nous reconnaissait pas. Il fallait que le jeu reste visible, on a donc juste gardé les dentiers qui se clippaient. Il fallait juste s'habituer à parler avec, enfin pour ceux qui avaient du texte... Ecrire et jouer, c'est quoi qui est mieux? PEF: Les deux mon Colonel! Maurice: Ce sont deux plaisirs très différents. D'un côté trouver des conneries autour d'une table et d'une tasse de thé en se marrant et mangeant les PIMS qu'Alain Chabat amenait -car c'est un grand consommateur de PIMS- et de l'autre l'immense plaisir de tourner les scènes. Quand on s'est retrouvé la première fois sur les décors, on était vraiment impressionné. PEF: On a découvert un plaisir qu'on ne connaissait pas, celui d'entendre notre texte dans la bouche d'un autre comédien, on redécouvrait nos dialogues. Et Gérard Depardieu dans tout ça? PEF: On trouvait que le personnage lui collait bien et on voyait personne d'autre pour jouer le rôle. En fait Alain lui a donné un coup de fil et il a dit oui tout de suite sans lire le scénario. Depuis le tournage d'Astérix, il y a une vraie complicité entre eux. Sur le tournage, devant lui, j'étais comme une flaque. Comme disait Marc Lavoine: il a le regard qui tue, il est incroyable et vous subjugue comme quand on est amoureux. T'es obligé d'être là quand il te regarde. Elise: Lui qui a joué des centaines de rôles et presque tout, il n'avait jamais joué d'homme préhistorique. Personne n'avait osé lui proposer. PEF: C'est vrai en plus, c'est comme Jean Rochefort, il a dit oui tout de suite à Alain sans lire une scène. Il était super excité de jouer en pleine préhistoire, il lui a juste dit: "Tu me fais faire le cri du gibbon femelle à un moment. Faut que ce soit sur le contrat, qu'un huissier vérifie et que ça ne soit pas coupé au montage et c'est oui". Et tout a été respecté. Elise: En fait Jean Rochefort est passionné d'histoire et de primatologie et il voulait vraiment faire le cri du gibbon femelle et pas du chimpanzé mâle. Une demande comme ça ne se refuse pas. Pourquoi Chabat? Pascal: C'est un peu un hasard, à la base c'est Dominique Farrugia qui nous produisait. Quand il a été appelé à des hautes fonctions sur Canal+, on est allé alors frapper à sa porte pour qu'il nous produise. Plus il s'impliquait dans le film, plus on lui faisait des appels du pied pour qu'il le réalise sans vraiment trop y croire. Finalement on a kidnappé sa famille et il a cédé. PEF: En fait on avait déjà bossé un peu avec lui sur la chaîne comédie et co-écrit des sketches avec lui notamment pour la cérémonie des Césars. Il nous avait proposé des petits trucs sur Astérix, c'est comme ça qu'est né un début d'amitié entre nous. Elise: Même quand c'était Dominique qui devait produire, on essayait déjà de séduire Alain pour qu'il réalise. Ce sont des gens qui nous ont tellement influencé et que l'on adore, on est extrêmement fier et flatté de travailler avec eux. Le film le plus drôle de tous les temps Maurice: Elle est terrible cette question! Sur un film des MONTY PYTHON, je dirais SACRE GRAAL. PEF: Moi je suis fou de De Funès, donc il faut forcément que je dise un de ses films, LA FOLIE DES GRANDEURS par exemple, mais bon c'est peut-être pas celui-là le plus drôle. Pascal: SACRE GRAAL aussi. Certains films de Begnigni comme JOHNNY STECCHINO. PEF: LE DISTRAIT, LE GRAND BLOND... Elise: THE PARTY. Non c'est trop difficile, on refuse ta question, on ne la valide pas. Chabat, Depardieu, Rochefort dans un 1er film PEF: Ben après on n'a plus qu'à mourir. Elise: Quand on a eu Depardieu et Rochefort sous les yeux qui ont fait des films incroyables et que l'on voit leur appétit de découvrir et de venir rigoler. Et le plaisir qu'ils prennent! Moi justement je me dis que j'espère que quand j'aurai leur âge je m'amuserai autant qu'eux. Tous en coeur: Ouah c'est beau comme réponse! Pascal: C'est vrai que quelques jours avant la fin du tournage on a été pris de micro-cafards en se disant que cette aventure fabuleuse allait bientôt finir. On se demandait si on allait encore connaître des projets aussi magnifiques que celui-là, mais bon la vie continue. Pourquoi les ROBINS DES BOIS? Alain: Ils cumulent bien le bordel, la connerie et le professionnalisme. Ils ont envie de bien faire les choses. Du coup quand ça bosse, ça bosse, mais dès qu'on dit "coupez" forcément ça part en sucette. Mais je pense que c'est leur manière de vivre. Ils se réveillent pour de la vanne et s'endorment contents si la journée a été pleine de vannes. Si c'est pas le cas, Maurice est déprimé, PEF hyperventile, Pascal nous fait des comas. J'aime bien leur univers de bric et de broc énergique et poétique, genre je me mets une passoire sur la tête et des gants Mappa et je suis le roi. Impro ou pas? Alain: Moi quand j'avais ce que je voulais comme sur Didier ou Astérix d'ailleurs, je leur proposais de se faire une petite scène en "free style" et c'est vrai que j'en ai gardé quelques unes. PEF: T'as fait ça aussi sur CITIZEN KANE et tu l'as regretté, c'était pas très bon. Et le retour au 100% Chabat? Alain: Bientôt. D'ailleurs, avant RRRrrrr!!!, j'étais en train d'écrire un truc. Mais bon je vous dit ça et je suis sûr que demain si je tombe sur un scénario où il n'y a pas une virgule à changer, je fonce. En fait j'ai super envie de tourner vite et de réduire l'écart entre les films. Takashi tourne en 15 jours, John Ford était capable de faire trois films par an. Moi qui suis super lent, ça me déprime. Du coup votre carrière d'acteur vous la mettez où? Alain: Ben pour le moment dans mon cul! Elise: Mais non pendant que tu montais RRRrrrr!!!, tu as eu le temps de tourner dans le film d'Attal. Alain: Oui tu as raison et c'était super. C'est vrai que c'est bon parfois d'être acteur, de faire le crétin, de dire des conneries devant la machine à café comme les ROBINS en attendant qu'on m'appelle. Je me concentre, je joue et puis après je vais manger des fraises Tagada à la régie. J'adore, c'est un vrai métier d'escroc. Enfin quand tu tournes, sinon c'est le pire des cauchemars. Mais j'ai pas de théorie, un bon scénar', un metteur en scène qui me fait rêver et de chouettes partenaires, moi je pars pour l'aventure. Chabat réalisateur Alain: Je sais pas mais souvent on me dit que je gueule jamais sur un plateau. Cela dit, j'ai pas de raisons non plus, ce n'est que du cinéma. Comme dit Djamel: "On n'est pas en train de poser du goudron, y'a des boulots plus durs!" Astérix était très coloré et très découpé pour respecter l'esprit BD, ici j'avais envie de faire un film plus fluide avec plus de plans séquence, en laissant les ROBINS tranquillement jouer des scènes en longueur pour qu'ils donnent le rythme. Faut dire qu'avec un crane sur la tête et une peau de bête, les fesses à l'air et des cheveux dans lesquels vous vous prenez les pieds, pour diriger un plateau, on est vachement crédible, tout le monde vous appelle Maître. Un film fastoche et bon marché? Alain: C'est un faux film simple. Au début, je leur ai dit: "les gars, on va faire un truc rapide en six semaines à l'arraché, on va pas se la prendre et se la mordre". Et puis quand on a commencé à faire les essais, on s'est rendu compte qu'il fallait bosser les costumes pour pas faire kermesse. Il fallait que ça fasse vraiment préhistorique, les peaux, rajouter des cicatrices... Pour les peaux de bête, on a donc essayé de tuer le maximum d'animaux en voie de disparition. Ils étaient torturés. Quel plaisir de faire mal à des animaux innocents et plutôt bébés en les arrachant aux bras de leurs mères! Bon, bien sûr toutes les peaux sont fausses, bref tout ça pour dire que le tournage en scope et en extérieurs, et tout le reste, nous amène à un film à 12/13 millions d'euros. Elise: Il faut savoir qu'en plus on a voulu tourner en France plutôt que la Bulgarie ou je ne sais où moins cher... Mais c'était un acte politique. Et les NULS Alain: C'est vrai qu'avec Chantal et Dominique, après l'INTEGRULE, on a envie un jour de se retrouver. Mais pour l'instant, on n'a aucun projet précis. Si on refait un truc ensemble, il faut trouver un truc pas grave et un lieu. Si on fait le grand retour des NULS à la télé, les gens risquent d'attendre CITIZEN 2 LE RETOUR et puis ça sera les mêmes conneries que d'habitude mais en plus vieux. Remarquez c'est Chantal et Dominique qui sont vieux, moi ça va j'ai eu 28 ans la semaine dernière, mais bizarrement je ne sais pas pourquoi ils vieillissent plus vite que moi. Il faut qu'on trouve une embrouille et un truc qui ne nous prenne pas plus de six mois, genre une émission télé par exemple ou une scène. Je sais pas avec nos activités frénétiques comment on pourrait trouver deux ans pour se mettre sur un film des NULS. RRRrrrr pourquoi? PEF: La réponse est dans notre magnifique livre "Le making-off en papier du scénario" qui je pense est incroyable et inédit. On y a donc mis le scénario final, ceux qu'on a jetés à la poubelle, des très belles photos prises sur le tournage et toutes nos discussions d'écriture qui ont duré 18 mois et qu'on a enregistrées avec des appareils bien plus jolis que le vôtre. Et pour répondre à la question sur le titre RRRrrrr, faut savoir qu'on début y'avait des AAA mais ça faisait trop penser à Rahan et puis après on a donc mis des RRR et ça s'est terminé par Chabat horripilé qu'il y ait six R et qui en a rajouté un septième, on sait toujours pas pourquoi. Alain: Parce que sept c'est un bon chiffre! Vous aviez mis six R enfin, bande de cons! Y'a des fois je me demande, y'a pas six nains, ni six jours de la semaine, les ROBINS plus Alain ça fait sept! Mais bon c'est rien faut les excuser, la jeunesse, l'insouciance et le manque d'expérience. Pascal: On a rencontré un journaliste russe qui nous a dit que le titre risquait d'être modifié, visiblement ça veut dire autre chose dans leur langue et leur culture. Elise: C'est rigolo d'ailleurs la prononciation différente selon les pays, on a rencontré une journaliste serbe, c'était magnifique et roucoulant, ça venait de loin. Alain: Moi je le prononce RRRRRRrrrrrrrrr. Vas-y, fais-le! Mais les jours où on a la flemme on dit Rreuh. Et le succès historix d'Astérix? Alain: Vu que je suis un peu tordu comme garçon, j'ai un peu zappé tout ça et je ne m'en rends compte que maintenant. Le nombre d'entrées est tellement énorme que je crois que j'ai pas réalisé ni imprimé. C'est un heureux accident dont il ne faut pas que je tienne compte pour la suite. Il faut que je me dise que c'est un OVNI hallucinant que je ne m'explique pas. RRRrrrr ne peut être qu'un échec à côté. Du coup, je suis détendu. C'est donc un scoop et je vous le donne, je suis sûr qu'on ne fera pas 14,5 millions d'entrées avec RRRrrrr!!!. Souvenirs que vous avez gardé du tournage Maurice: Moi j'ai gardé une grotte, bon ça prend un peu de place dans mon appart' mais je suis content de l'avoir. PEF: Moi j'ai gardé une être humain que j'ai rencontrée sur le tournage et que j'ai emportée chez moi. Très jolie être humaine. Elise: C'et vrai très belle être humain. Sinon moi j'ai gardé la robe du strip-tease avec Maurice. Pascal: Moi je ne savais pas qu'on pouvait sinon j'aurais gardé des trucs. Alain: Moi je ne jette rien, j'ai gardé plein de trucs. Si vous voulez je peux vous faire des petits paquets avec vos costumes et vos dents. Il y a quelques costumes que l'on va vendre aux enchères pour des oeuvres ou qu'on va donner en cadeau pour des concours. PEF: Précisons qu'il ont été portés et pas lavés. Bon les strings, on les a quand même jetés. Alain: Non, j'en ai gardé quelques-uns dont le mien. Mon "sac à couilles", comme l'appelait Marina, est accroché au Planet Hollywood sur les Champs. Vous pouvez manger un steak-frites en le contemplant. C'est drôle d'ailleurs, depuis je ne sais pas pourquoi, ils font moins d'entrées.
Sylvie Jacquy
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