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Films
Interview de Gérard Jugnot (22/03/2005)

  Gérard Jugnot, rencontre avec un ex-futur Bronzé.

Quand on évoque le nom de Gérard Jugnot, c'est vrai que l'on ne peut pas s'empêcher de repenser à Félix du PERE NOEL ou encore Bernard Morin des BRONZES, des rôles qui lui collent à la peau mais qui ne l'ont pas empêché pour autant de se lancer dans une jolie carrière de cinéaste. Pour son neuvième passage derrière la caméra, nous avons rencontré le plus populaire des moustachus français, désormais barbu. A l'image de ses films, c'est à dire avec humour et générosité il nous parle de son BOUDU, de sa rencontre avec l'autre Gégé du cinéma et de la re-formation des BRONZES prévue pour cette année.

Cinopsis: Depuis vos débuts de réalisateur vous vous êtes toujours orienté vers les comédies un peu grinçantes, c'est un genre qui vous convient?

Gérard Jugnot: Moi mon truc c'est de raconter des choses dures à travers le genre de la comédie pour les adoucir. J'utilise l'humour comme une sorte de médicament et le rire comme un baume. En fait si vous regardez bien je raconte toujours des choses effroyables mais simplement j'essaye de le faire de manière drôle pour essayer de se dégager de ça et d'en tirer du plaisir, c'est là le privilège de la comédie. Je me souviens quand j'étais môme, je regardais des films de Laurel et Hardy et mon grand plaisir c'était de les voir tout saloper dans des superbes maisons bourgeoises. La comédie c'est un plaisir de sale gosse.

C.: Pour Boudu le choix de Gérard Depardieu s'est imposé de lui-même?

G.J.: Bah quand on parle de salle gosse, forcément oui! (rires) Oui c'est évident que ça ne pouvait être que lui. Gérard vous savez, il est un peu comme Boudu. Il peut être à la fois impatient, fatiguant, bouffeur d'oxygène, un peu grossier et péteur et puis en même temps il peut être extrêmement distingué, raffiné, charmeur, charmant et généreux. Et puis il y avait aussi l'ombre du premier film avec Michel Simon qui prend pas mal de place, donc il fallait vraiment quelqu'un qui a cette aura et cette dimension énorme qu'à Gérard. Ils ne sont pas nombreux en France...

C.: Justement par rapport au film de Renoir, vous avez voulu complètement vous en détacher, c'était un choix délibéré?

G.J.: Je n'ai pas revu le film volontairement. De toute façon je ne voulais pas faire un remake. Les remake c'est pour les américains, ils prennent un film qu'ils aiment, ils refont à peu près pareil mais avec des vrais acteurs et un vrai metteur en scène et une vraie langue qui est l'anglais! (rires) Non là ce n'était pas ça, c'était juste s'inspirer d'un thème, d'un personnage et d'une situation et puis rebondir et la ramener dans mon univers qui est fait à la fois de vaudeville et d'humanité.

C.: Dans le dossier de presse vous dites avoir mis votre musique dans ce film, c'est quoi au juste votre musique?

G.J.: Oui c'est la "Jugnot's touch"! (rires) Oh non c'est prétentieux! Mais bon comme je sors des CHORISTES je dois être un peu encore obsédé par la musique et puis il y en a encore beaucoup dans celui-là. La musique pour moi c'est le phrasé, ce sont des thèmes récurrents que j'aime raconter qui sont à la fois, une certaine âpreté dans ce qu'on raconte mais tout ça d'une manière douce en essayant d'arrondir les angles par l'humour et la comédie, par l'observation du pittoresque et puis une certaine empathie avec mes personnages.

C.: Vous écrivez, vous réalisez et vous jouez aussi, les trois sont indispensables pour que vous puissiez trouver votre équilibre?

G.J.: Je ne sais pas si c'est de l'équilibre mais en tout cas c'est du plaisir. Ca se fait par étapes, d'abord j'écris et je pense au film et donc forcément au rôle, mais bon le rôle n'est pas la chose qui me préoccupe le plus à ce moment là. C'est vrai que je me donne toujours des rôles dans mes films où je peux me charger de toute l'inquiétude du tournage, c'est aussi une manière pour moi de me détendre. Ce sont trois métiers complètement différents et à la fois complémentaires.

C.: Justement parlez-nous de votre personnage dans BOUDU.

G.J.: Oh mon personnage est plutôt un personnage en réaction... En fait ce qui était intéressant dans le film c'était de confronter ces deux univers qui ne sont pas du tout confrontables. Un peu comme le vinaigre et l'huile, il n'y a que lorsqu'on les secoue qu'ils arrivent à se mélanger. Moi, pour une fois, je joue un grand bourgeois, bon d'accord un peu ruiné... Tout s'est bloqué dans sa vie, avec sa femme ça marche plus, avec sa galerie non plus, rien ne marche quoi... Et Boudu cet espèce d'électron libre très encombrant, va arriver là-dedans et va tout faire sauter dans sa vie et peut-être aussi le guérir de son mal de vivre. Boudu c'est la vie! Vaut mieux l'avoir au cinéma que chez soi, mais c'est aussi une sorte de chiropracteur un peu violent, comme ça qui remet en place les choses.

C.: Quand on a dirigé un type comme Depardieu, on est capable de diriger n'importe qui après, non?

G.J.: Euh on peut faire LES DEUX FRERES, tourner avec des animaux, des fauves. (rires) Non mais Gérard il est pas difficile à diriger, enfin quand il veut. La difficulté c'est de le mettre dans le travail et dans le plaisir. Il ne faut surtout pas lui demander connement des trucs, il faut être habile, il a tellement fait de films et tellement fait le tour de plein de choses. Donc il faut l'amuser! Il faut qu'il soit dans le plaisir et une fois que vous l'avez mis sur cette ligne, c'est un type très inventif, très généreux et pas du tout mauvais camarade. Je me souviens des rushes où quasiment après chaque prise il rigolait. Dans BOUDU, Il était heureux d'inventer des trucs et puis le personnage l'amusait.

C.: C'était un challenge pour lui vous pensez de faire ce BOUDU?

G.J.: Euh je crois qu'il a vraiment dépassé ça. C'est d'ailleurs pour ça que parfois il va mal, parce qu'il a fait tant de choses que bon il est dans le "so what". Mais bon pour lui en ce moment c'est une bonne année, un bon cru!

C.: Justement en parlant de bonne année, pour vous aussi c'est plutôt pas mal!

G.J.: (gêné) Oui je ne me plains pas, c'est pas mal! (rires)

C.: D'ailleurs on se demande comment deux acteurs comme vous ont fait pour ne pas jouer ensemble plus tôt mis à part pour la télévision dans Volpone.

G.J.: Oui c'est vrai, au moment d'UNE EPOQUE FORMIDABLE j'avais pensé à lui pour le rôle du toubib et puis peut-être que j'en avais un peu peur et lui pas très envie. Et puis il y a eu l'épisode d'Astérix 3 qui a foiré et nous a frustré tous les deux, Volpone nous a réuni. Et puis avant je travaillais avec son frère qui est directeur de production avec qui il est un peu en froid, ça nous avait aussi peut-être éloigné. C'est vrai qu'il a tourné avec presque tous les membres du Splendid sauf moi et puis bon, en tant qu'acteurs on est un peu fabriqués dans le même moule, on fonctionne à l'instinct et au plaisir, on s'amuse quoi!

C.: Alors justement vous vous êtes amusés sur ce tournage, quel type de réalisateur avez vous été?

G.J.: Oh un gant de fer dans une main de velours! (rires) Vous savez je crois que l'on obtient tout des acteurs quand on leur explique les choses dans le plaisir et la gentillesse. Bon de temps en temps faut être dirigiste, quand ça se barre en sucette il faut être capable de reprendre les rennes et puis d'imposer son point de vue. Moi je ne supporte pas les acteurs qui commencent à me demander de mettre la caméra là ou là, ça c'est mon job, ils ont confiance ou pas. Je n'aime pas les acteurs prise de tête. Catherine Frot qui est pourtant très torturée avant de tourner, dès qu'elle tourne elle est comme moi, elle est dans le plaisir aussi. Oui je sais que je viens de prononcer le mot plaisir 15 fois mais bon tourner à Aix en Provence était aussi source de plaisir et de sérénité. Tout ça se ressent dans le film même si il parle de choses âpres, c'est peut-être un film de maturité dû à mon grand âge!

C.: De PINOT SIMPLE FLIC à aujourd'hui votre 9ème film comment voyez-vous l'évolution de votre carrière de cinéaste?

G.J.: C'est difficile pour moi de juger tout ça mais je pense que dans mes premiers films il y avait déjà les prémices de ce que je fais maintenant. L'amour du cinéma et cette volonté de mélanger la comédie, le drame et l'émotion. Disons qu'aujourd'hui je maîtrise peut-être mieux l'instrument. Ce qui moi me réjouis c'est de ne pas avoir des succès passés et maintenant des échecs ou des choses décevantes comme ça arrive souvent lorsqu'on est pas parti en fanfare. En fait je suis toujours ravi quand on me parle des BRONZES et du PERE NOEL mais tout aussi content quand on me parle de PINOT ou de TANDEM ou de BATIGNOLLE. Oui en fait je suis content de ne pas être obligé comme certains chanteurs de rechanter mes vieux tubes! C'est quelque chose qui doit être un peu douloureux.

C.: Et pourtant vous reformez les BRONZES pour un troisième volet.

G.J.: Oui on se reforme pour une nouvelle chanson! Le truc qui aurait été triste, ça aurait été de rejouer LE PERE NOEL au théâtre par exemple! Mais là justement ce qui est marrant c'est de repartir dans une nouvelle histoire avec des personnages qu'on a crée il y a 20 ans.

C.: Il y avait aussi une envie de refaire le clown de retrouver l'état d'esprit du collectif Splendid?

G.J.: Bah tout seul non je l'aurais pas fait. Bon je leur avais proposé de jouer dans Astérix si on l'avait fait et comme ça n'a pas marché du coup ça nous a donné l'envie de refaire un truc ensemble, on préférait l'idée des BRONZES plutôt que de se raccrocher à une histoire qui ne nous appartient pas. C'est une envie collective qui me ravit. Bon c'était pas un truc viscéral non plus, si ça ne s'était pas fait ça n'aurait pas été grave, c'est pas comme quand on fait un film seul, il y a moins d'enjeux, c'est avant tout du plaisir. Bon pi c'est ça marche pas de toute façon ça sera la faute de Blanc ou de Clavier. (rires)

Sylvie Jacquy


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