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José Garcia fait tomber les masques...
Avec la sortie du COUPERET, le duo José Garcia / Costa Gavras est peut-être le plus improbable de ce début d'année cinématographique. Et pourtant loin des comédies qui ont fait sa popularité, l'ancien trublion de Canal Plus est stupéfiant et plus que convaincant dans la peau d'un cadre au chômage transformé en tueur en série pour retrouver du travail. Débordant d'énergie, le sourire enchanteur, blagueur vif et intarissable, il nous parle de ce tournant majeur dans sa carrière, fabuleuse occasion de nous montrer une nouvelle facette de son très grand talent. Cinopsis: Première question bête et méchante, pourquoi avoir accepté de faire LE COUPERET? José Garcia: Et bien écoutez parce qu'il tombait à point nommé par rapport à mon évolution d'acteur et d'homme. En fait j'avais vraiment envie et besoin d'une belle partition comme celle-là pour pouvoir essayer tout ce que j'avais mis dans ma besace pendant des années, à droite à gauche avec des trucs que j'avais raté et aussi d'autres que j'avais réussi. Et là c'était pile poil le moment extraordinaire où j'avais besoin d'un miracle et le miracle s'est produit! Voilà, Costa Gavras, l'homme de la situation est arrivé (...) Jamais dans ma vie j'aurais pu croire que je travaillerais un jour avec lui moi qui suis en béatitude devant ses films. Quand je vois la fusion entre lui et Yves Montand(...) Je m'étais acheté d'ailleurs une cravate à la Yves Montand et je l'ai mise le jour de notre rencontre, c'est peut-être ça qui l'a décidé.(rires) C.: En somme à l'issue de votre rencontre pour vous c'était oui tout de suite! J.G.: Non pas oui tout de suite, en fait j'avais peur, il a fallu d'abord que je lise le scénario. Si il m'avait amené un truc qui ne me correspondait pas ou quelque chose qui vraiment ne me plaisait pas, genre le p'tit gros qui prend des claques ou un type en pleine dépression, je ne l'aurais pas fait. Moi j'accepte à partir du moment où je sais que je vais pouvoir être au moins bon pour le metteur en scène et en tout cas le surprendre et être heureux. Si c'est juste aller faire un film même avec le plus grand des metteurs en scène, ça ne marchera pas et ça m'apportera plus de préjudice que de bonheur. Vous savez il m'est arrivé plusieurs fois la mort dans l'âme de refuser à des réalisateurs avec qui je rêvais de tourner depuis des années parce que ça n'était pas le bon moment. Il faut une bonne raison de se lever le matin! Eh bien pour aller tourner des films aussi! Ca ne sert à rien de se mettre de la poudre aux yeux en faisant semblant. C.: Qu'est-ce qui vous a décidé alors dans ce scénario là? J.G.: Vous savez quand on est acteur le premier truc que vous apprenez c'est le chômage! Je connaissais bien la partition de ce côté là et les étapes qu'un homme peut vivre et par lesquelles il peut passer. Mais ce qui m'a vraiment plu dans cette histoire, c'est que c'est un homme qui essaye de sauver sa famille. Il se sauve lui, par narcissisme, mais il essaye aussi de sauver sa famille. Moi je trouve qu'il n'y a rien de plus beau qu'un homme qui se dépense pour les autres, en tous cas pour sauver ce qu'il a mis en place. C'est un film sur la survie et aussi sur le fait de ne pas tout détruire. C.: Tout de même pour sauver sa famille, il est obligé d'en arriver à des extrêmes, à des choses pas très morales... J.G.: Mais il est aussi moral qu'un personnage qui part à la guerre. C'est un homme en état de guerre de toute façon, il a la même moralité(...) Un pays vous donne l'autorisation de tuer! Pourquoi? D'où? Et tout d'un coup vous revenez comme si de rien n'était, on vous absout de vos péchés! Et puis vous allez tuer quelqu'un dans la rue parce qu'il a tué votre femme et là vous prenez de la prison, bon! Dans le film mon personnage voit que sa famille est à l'abandon, il utilise les même principes et le même vocabulaire qu'on emploie dans le monde de l'entreprise: "tuer la concurrence"... Tout ce qu'on lui a appris. C'est vrai que c'est un conte complètement amoral mais il permet de situer chaque citoyen, chaque individu, au centre même du débat. Est-ce qu'on va encore longtemps continuer à accepter ces règles là ou pas? Ce qui est bien dans les films de Costa Gavras, c'est qu'il vous laisse toujours du libre arbitre, vous pouvez choisir, même si après avoir vu L'AVEU vous dormez moins bien. Moi j'ai la chance de faire un métier où je me remets souvent en question mais je me rends compte que c'est une chose très difficile à faire, tout comme l'objectivité d'ailleurs. C.: En vous voyant on a envie de vous dire que de chemin parcouru et d'étapes passées depuis le trublion de Canal jusqu'à aujourd'hui. Ce mûrissement vous a donné envie de mettre votre côté clown de côté? J.G.: J'avais besoin d'aller jusqu'au bout de la composition. Travailler la composition des personnages sur Canal, c'était aussi une façon de travailler tranquillement tout en étant caché. Et puis avant Canal, je viens du théâtre, c'est là que j'ai appris mon métier. Donc c'est une évolution par rapport aux rôles de composition, une fois que je les ai mis de côté et que je me suis aussi assumé en tant qu'individu, que j'ai fait tous les personnages qui me faisaient plaisir, et bien tout d'un coup en tant qu'homme j'ai pu avancer. Vous prenez confiance en vous et dans votre gueule, surtout quand vous n'arriviez pas à la regarder, et alors, vous commencez à ôter les masques. J'avais beaucoup de plaisir à jouer déguisé, c'était une sorte de façade derrière laquelle je pouvais me cacher et à partir du moment où j'étais neutre, je n'avais aucun plaisir, je ne savais pas quoi faire. Il a donc fallu que j'apprenne tranquillement à prendre du plaisir en étant moi, à me rendre compte que l'on peut faire rire en costume classe et sans s'enlaidir. C.: Dans ce rôle ci, pour le coup, vous vous mettez complètement à nu, ça a demandé un gros travail de préparation au niveau psychologique? J.G.: Non, ce sont des films qui m'ont entraîné vers d'autres trucs. J'ai commencé vraiment sur le film que j'ai fait avec ma femme (ndlr RIRE ET CHATIMENT) où je commençais vraiment à rentrer un peu plus dans ce que j'étais moi, à prendre confiance et puis après il y a eu le film de Salvadori (ndlr APRES VOUS) dans lequel je me suis laissé porter par le moteur de Daniel Auteuil exprès pour voir jusqu'où je pouvais aller. Je jouais un type dépressif donc qui n'a plus rien, asexué et sans charme. Puis j'ai enchaîné avec le film de Carlos Saura (ndlr EL SEPTIMO DIA) qui m'a permis de m'imaginer en père de famille et donc le mix de tout ça m'a amené jusqu'au personnage du COUPERET. Vous savez les films qui paraissent plus anodins, de divertissement, ils me permettent de rôder des trucs pour la suite. Par exemple quand je fais LE BOULET ou PEOPLE, ce sont des trucs qui me permettent de travailler mon sex-appeal, toujours grimé et toujours dans des personnages extrêmes, mais bon pendant ce temps là je vois, je rôde. Avec des personnages comme ça je peux rouler des mécaniques, expérimenter des centaines de choses, alors que si je commence à le faire en étant moi-même et que c'est foireux, je suis le cow-boy d'Aubervilliers, c'est minable. (rires) C'est bien de pouvoir l'essayer et c'est pour ça que parfois mes choix sont moins pointus (...) Enfin pas pointus du tout! Ils me permettent de travailler jusqu'au bout sur un personnage délirant qu'on me donnerait nulle part ailleurs. C'est comme pour une voiture, ce sont des films de circuit! C.: Parlons préparation physique alors... J.G.: En comédie vous allez toujours bouger dans le cadre et c'est vous qui allez vers la caméra. Dès que vous êtes dans des films un peu plus intimistes, généralement, le metteur en scène vient chercher des choses en vous. Donc je savais qu'avec Costa, déjà le scénario était sublime, mais je savais qu'il allait me filmer. A partir de ce moment là vous vous laissez faire, vous remplissez le personnage de l'intérieur au lieu de le mettre à l'extérieur et tout ce que vous pourriez faire physiquement en fait vous le nourrissez de l'intérieur. L'essai sur ce film, c'était de nourrir un personnage en permanence et de laisser la caméra prendre. En comédie souvent c'est un triptyque, vous jouez avec quelqu'un tout en pensant au public et il y a toujours un mur sur lequel vous devez rebondir, un peu comme un troisième oeil, là non. Le principe était de se dire, cet homme ment à tout le monde, il garde son secret pour lui, quand il ment, même si le public sait ce qu'il a fait, il ne doit pas montrer qu'il est dans le mensonge. En fait les gens se disent: "merde il est en train de mentir, il faut qu'il fasse ça bien". C.: En fait petit à petit vous rendez votre personnage terriblement humain à un point que le public s'identifie à lui. J.G.: Oui c'est un peu comme dans PSYCHO d'Hitchcock! Entre le moment où il commence et finit de nettoyer la salle de bains, vous êtes devenu un criminel! Vous vous dites: "zut il est en train d'oublier du sang de l'autre côté", vous arrivez à oublier que ce type à fait des choses terribles et vous êtes de son côté. C.: En fait nous sommes tous plus ou moins "border line" et il nous faudrait pas grand chose pour basculer de l'autre côté. J.G.: Oui c'est clair, l'individu de nos jours et dans notre société, il tient à un fil parce qu'on n'a pas d'instinct de survie ou très peu. Regardez en Asie après le tsunami, la force de vie de ces gens là, comment ils reconstruisent, c'est une autre façon de voir la vie qui pour moi est démentielle, c'est une autre dimension. Moi je n'ai pas une once de courage par rapport à ça. En fait nous sommes tellement protégés et assistés que dès qu'il y a quelque chose qui casse et qu'il n'y a plus de protection, c'est très difficile de reprendre le dessus. Ce qui est dingue c'est l'équilibre d'une société comme la notre qui tient à tellement pas grand chose. C.: Pour revenir au COUPERET et à Costa Gavras, qu'est-ce que vous pensez qu'il vous a appris? J.G.: A manger de la feta sur une main! (rires) Non, non, il m'a appris ce qu'est un grand metteur en scène. Je m'en doutais un peu mais je voulais vraiment en avoir la confirmation. Il m'a appris que quand un metteur en scène a vraiment besoin de dire quelque chose et qu'il a vraiment une nécessité de raconter un film, il a une foi, une telle énergie qu'il ne laisse vraiment rien au hasard. Il a tellement travaillé, mûri, installé les choses et tout ça que voilà! C'est ce qui fait un vrai metteur en scène. Et puis après il y a ceux qui se lèvent... C'est pour ça que je ne serai pas metteur en scène après au moins un siècle ou deux, parce que je n'ai rien à raconter qui m'arrache les tripes et soit assez fort pour me lever le matin. Salvadori, Saura, Gavras se sont des gens qui sont en état de guerre, ils ont passé plusieurs années de leur vie à écrire et à raconter un truc qui les a touché et après il y a des gens qui arrivent le matin et vous posent une caméra par terre. C'est souvent que je rencontre des gens qui n'ont rien à raconter mais qui font des films quand même, bon... Le plus dur je pense pour un metteur en scène c'est d'arriver à garder la fougue année après année, de trouver des sujets qui vous motivent et en plus de savoir les raconter, chez Costa tout ça est énorme, il arrive toujours à vous placer en plein centre de ses films.
Sylvie Jacquy
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